Comment compter les oiseaux dans le golfe du Morbihan ?

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Agent de l'ONCFS pendant un comptage au Port du Logeo (Sarzeau). Agent de l'ONCFS pendant un comptage au Port du Logeo (Sarzeau). Lionel Picard, ONCFS

Évaluer l’état de conservation du site est l’un des objectifs de ces suivis ; les oiseaux d’eau  sont identifiés comme de bons indicateurs pour caractériser les zones humides d’importance internationale dans le cadre de la convention de Ramsar. Les dénombrements et suivis sont aussi un outil essentiel pour évaluer l’état de conservation des populations d’oiseaux et l’efficacité des mesures de protection.
Dans le golfe du Morbihan, les comptages d'oiseaux d'eau ont été réalisés dès le début des années 60. Depuis 2004, des comptages "hivernants" sont effectués dans un cadre multipartenarial : ONCFS, RNN des marais de Séné, Amis de la Réserve de Séné, Bretagne Vivante, Groupe Ornithologique Breton, FDC56, Communes de Sarzeau et de l'Ile aux Moines, SIAGM / Projet de PNR du golfe du Morbihan. D'autres suivis sont également réalisés toute l'année.

Bref historique :

Le golfe est reconnu pour son intérêt ornithologique depuis plus d'un siècle mais c'est seulement à partir des années 1960 que des suivis réguliers ont été progressivement mis en place, parrallèlement à l'organisation des comptages internationaux d'oiseaux d'eau coordonnés par Wetlands International.

Dans les années 50, l’augmentation du nombre de chasseurs spécialisés gibier d'eau, ainsi que l’évolution du matériel et des méthodes de chasse semblent à l’origine d’une diminution drastique des anatidés hivernants dans le golfe (Mahéo, 1969). Cette situation alerte rapidement les chasseurs qui sollicitent la création d’une réserve cynégétique dans la baie de Sarzeau.
A partir des années 60, la prise en compte de l'environnement devient croissante et les associations de protection de la nature montent en puissance. Cela permet de structurer la mise en place de suivis des oiseaux d'eau et la réalisation de comptages hivernaux, notamment sous l'impulsion de Roger Mahéo. Ces dénombrements sont réalisés dans le but de caractériser la « valeur » ornithologique du golfe du Morbihan au sein de la voie de migration Est-Atlantique. Il s’agit de suivre de façon qualitative et quantitative les stationnements d’oiseaux d’eau fréquentant le Golfe du Morbihan, en réalisant des comptages mensuels exhaustifs suivant un protocole précis, seule méthode permettant d’obtenir des résultats comparables d’une année sur l’autre ». (Gélinaud, Rebout  & Mahéo, 2002).
A partir de l’hiver 82/83,  la Fédérations des Chasseurs du Morbihan
met  en place en interne avec le service de garderie de l’époque des recensements anatidés. Ces comptages s’organisent ensuite avec le réseau "gibier d’eau" de l’Office National de la Chasse. En parallèle les associations de protection de la nature continuent également de réaliser les comptages dans le cadre des enquêtes internationales coordonnées par Wetlands International.
A partir de 86/87, l’Office National de la Chasse et la FDC56 se concertent avec Roger Mahéo afin d'harmoniser les résultats, les comptages continuant à se faire indépendamment.
De juillet 1980 à juin 2000, des dénombrements mensuels sont réalisés en milieu maritime à partir de 51 points de comptage.
Depuis l’hiver 2004/05 un collectif s’est mis en place pour assurer le suivi des anatidés, foulques et limicoles hivernants. Il réunit des gestionnaires d’espaces protégés et des associations déjà impliqués dans des dénombrements ornithologiques sur tout ou partie du site : Bretagne Vivante-SEPNB, Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage,commune de l’Ile-aux-Moines, commune de Sarzeau, Fédération Départementale des Chasseurs du Morbihan, Groupe Ornithologique Breton, Association des Amis de la Réserve de Séné, ainsi que le SIAGM/Projet de parc naturel régional depuis 2009.

Les différents sites protégés font également l'objet de suivis spécifiques mis en place par leurs gestionnaires, notamment pendant la période de nidification ; ainsi des dénombrements décadaires sont réalisés dans la RNN des marais de Séné et le marais de Pen en Toul.

Enfin, certains suivis ponctuels sont réalisés, souvent dans cadre de programme nationaux : recensement  national laridés, ardéidés, limicoles et anatidés nicheurs, ardéidés hivernants, ibis sacrés, etc.

Comptages migrateurs et hivernants :

La saison prise en compte pour ces comptages est la saison dite d'hivernage, située globalement de septembre à mars et comprenant les espèces en escales migratoires et celles qui hivernent.

Pour s’assurer de l’exhaustivité des comptages, une démarche préalable de définition du protocole a consisté à rechercher tous les secteurs fréquentés par les oiseaux, au repos et en alimentation. De plus les zones privilégiées pour les regroupements d’oiseaux ont été identifiées, ainsi que les créneaux horaires favorables à l’observation la exhaustive, tout en évitant les doubles comptages qui pourraient avoir lieu du fait des déplacements des oiseaux au cours du cycle de marée.  C’est pourquoi les cartes de distribution numérique illustrent la répartition des oiseaux en fonction des sites les plus favorables aux comptages, et à un moment donné de la marée : elles ne sont donc pas systématiquement représentatives de la répartition des oiseaux en fonction du rythme tidal et du rythme nycthéméral (Gélinaud, Rebout  & Mahéo, 2002).


Exemple de carte produite à partir des données de comptage.

Il s'agit donc d'une sorte d'une "photographie instantanée" de la quantité d'oiseaux présents à un instant T sur un secteur défini, pour une connaissance générale à l'échelle du golfe. Ce point est important pour l'analyse des données, car un secteur où il y a peu d'oiseaux à un moment précis de marée peut être trés fréquenté à un autre moment de la journée où le comptage n'aura pas lieu. Il fallait de toute manière faire un choix méthodologique adapté et réalisable, ce qui induit forcément des biais.

Ainsi, le golfe a été "découpé" en secteurs géographiques de comptage, délimités généralement sur le terrain par des amers ou point lisibles dans le paysage (pointe d'une île, balise fixe, etc.).


Découpage du golfe du Morbihan en secteur de comptages.

Les comptages sont actuellement réalisés chaque mois, conformément au calendrier des IWC (International Waterbirds Counts), ce qui permet d’intégrer les résultats aux dénombrements internationaux.

Effectués de septembre à mars, ils sont ciblés pour les espèces d'oiseaux d'eau, principalement les anatidés (bernaches, canards), grèbes et foulques, les limicoles (barge, courlis, bécasseaux, etc.) et les grands échassiers (spatules, aigrettes). En complément, si d'autres espèces d'intérêt patrimonial sont observées, elles sont mentionnées (faucon pèlerin, mouette mélanocéphale, etc.).

A partir du mois de novembre, un comptage spécifique est réalisé pour les anatidés (à mi marée descendante) et les limicoles (à mi marée montante) et ce jusqu'au mois de février.

Les oiseaux sont la plupart du temps comptés individuellement pour les petits effectifs et estimés par "paquet" pour les gros effectifs instables : 10, 50, 100, 1000 selon la taille des groupes...


Exemple sur un vol de bernaches : On commence par évaluer un groupe de 10, on le reporte approximativement 5 fois pour obtenir un groupe de 50,
puis
2 fois pour obtenir un groupe de 100 ... Au final, on a environ 3 groupes de 100 et un groupe d'une petite cinquantaine.
Ce vol compte donc environ 350 bernaches.

La méthode étant toujours reproduite de la même manière, dans l'idéal, les personnes qui comptent font toujours le même secteur, pour une interprétation des évolutions fiable et significative.

Les divers secteurs de comptage sont répartis entre les différents partenaires (ONCFS, RNN des marais de Séné, Amis de la Réserve de Séné, Bretagne-Vivante, GOB, FDC56, Communes de Sarzeau et de l'Ile aux Moines, et SIAGM/Projet de parc naturel régional).
Chaque équipe couvre un secteur qui comprend plusieurs sites de comptage (une dizaine au maximum). En général, les équipes de compteurs comprennent deux personnes. Toutes les équipes comptent leur secteur en simultané, de manière à avoir un recensement exhaustif et d'éviter de les doubles comptages. Si un groupe d'oiseaux important quitte un site, les équipes communiquent par téléphone pour annoncer les arrivées éventuelles d'oiseaux.  Il faut environ deux heures pour couvrir l'ensemble d'un secteur.

Pour l'exemple, l'ONCFS met à disposition deux équipes de compteurs, soit 4 à 5 agents. Ces deux équipes couvrent respectivement les secteurs de Bénance à Logéo, et de Logeo à Kerpenhir, soit la grande partie ouest de la presqu'île de Rhuys. Ils comptent simultanément et se retrouvent en fin de comptage pour faire le point.

Les données sont saisies sur un formulaire standard et transmises dans les plus brefs délais au coordinateur, actuellement Guillaume Gélinaud, directeur scientifique de la RNN des marais de Séné.

Une synthèse annuelle est produite et largement diffusée (voir bilans, cliquez ici).

 

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L'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage

L'ONCFS est un établissement public, sous double tutelle des Ministères de l'Ecologie et de l'Agriculture, en charge de la connaissance de la faune sauvage et de ses habitats, de la police de la chasse et de l'environnement et de l'appui technique auprès des décideurs politiques, aménageurs et gestionnaire de l'espace rural.  L'ONCFS est implanté dans tous les départements métropolitains et d'outre-mer.

Site internet : www.golfedumorbihan.org Adresse mail Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

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